Arrestation d’Iraniennes pour militantisme au sein de la CCF

Voici une déclaration sur le droit des femmes iraniennes de participer à la CCF qui a été lue par une consœur, au nom des militantes iraniennes, au cours de la séance d’information matinale des ONG. Des copies de cette déclaration ont été distribuées pendant les célébrations de l’ONU marquant la Journée internationale de la femme.

« Distinguées déléguées à la réunion de la CCF,

« Des Iraniennes militant pour les droits des femmes qui désiraient participer à la 56e session de la CCF et partager leurs réflexions et leur expérience en matière de condition des femmes en Iran ont décidé de ne pas y participer parce qu’elles craignaient pour leur sécurité et leur bien-être à leur retour en Iran. Puisque ces femmes n’étaient pas sûres des conséquences que pouvait avoir leur participation, elles ont décidé de vous parler à distance. Dans une déclaration écrite, elles demandent à toutes les représentantes des pays membres et au mouvement féministe mondial d’être leur porte-parole. Elles nous demandent à toutes d’encourager le gouvernement iranien, qui fait partie de la CCF, à honorer son obligation internationale de favoriser l’instauration de l’égalité entre les hommes et les femmes. Elles espèrent que, grâce aux pressions des militantes féministes du monde entier et au suivi de l’ONU, les militantes féministes iraquiennes se verront garantir le droit de participer en toute sécurité aux prochaines sessions de la CCF et pourront travailler à vos côtés pour instaurer l’égalité entre les sexes.

« Dans leur déclaration, les Iraniennes militant pour les droits des femmes ont mis l’accent sur les lois discriminatoires à l’égard des femmes et les incidences de ces lois sur la vie quotidienne des femmes en Iran, y compris la réduction de l’accès aux possibilités d’emploi et la violence à l’endroit des femmes. Elles ont écrit que la part inéquitable du revenu national pour laquelle comptent les femmes, qui elle-même découle de la discrimination en matière d’emploi et de salaires et des lois financières, contribue grandement à l’augmentation de la discrimination et de la violence faite aux femmes en Iran. Les modifications apportées aux politiques publiques tiennent les femmes à l’écart de domaines sociaux telles que la population active. La propagande faite par le gouvernement  ces dernières années n’a mis l’accent que sur le rôle de mère des femmes et a tenté de persuader celles-ci de rester à la maison. Les fructueuses politiques de planification familiale adoptées en Iran après la révolution, qui ont donné lieu à l’une des réalisations les plus importantes pour les femmes et pour l’ensemble de la société, sont en voie de modification par le gouvernement, qui encourage les femmes à avoir plus d’enfants. Les nouvelles politiques accroissent l’inégalité entre les hommes et les femmes du point de vue du partage des ressources et du bien-être et elles féminisent la pauvreté. Outre la suppression de la dissidence, l’arrestation de femmes et d’hommes – y compris des militantes et militants sociaux et politiques et des gens ordinaires –, l’insécurité que vit la population dans un État policier où les forces de police et de sécurité sont très présentes dans les lieux publics et privés et le rétablissement des politiques des années 1990 sur la ségrégation des sexes, le contrôle de l’habillement des étudiantes universitaires, l’établissement d’universités unisexes et la mise en application de contingents d’autochtones et de femmes entrant à l’université, nous assistons à une augmentation rapide de la violence faite aux femmes dans la société entière.

« Comme vous le savez peut-être déjà, certaines Iraniennes militant pour les droits des femmes ont participé ces dernières années, grâce à l’appui de leurs consœurs d’autres pays, aux sessions de la CCF à titre d’observatrices. Cela leur a donné l’occasion d’en apprendre de leurs consœurs et d’exprimer leurs craintes au sujet de la condition des femmes iraniennes. Malheureusement, en mai 2011, une des participantes, Maryam Bahreman, s’est fait arrêter et détenir pendant 126 jours pour avoir assisté à une session de la CCF. Faranak Farid s’est fait arrêter dans la rue en septembre 2011 et a fait l’objet des mêmes accusations. Elle a été relâchée après 43 jours. Maryam attend actuellement son audience et Faranak attend de connaître la décision du tribunal. Dans quel autre pays peut-on être mise en détention pour avoir assisté à une session de la CCF ou à toute autre conférence de l’ONU, simplement pour être avec des collègues et prendre part à des dialogues internationaux ?

« Il se peut que cela se soit déjà produit, mais cela doit cesser dès maintenant. C’est pour cela que des personnes, des organisations et des réseaux militant pour les droits des femmes et de l’homme à l’échelle internationale – y compris AI, AIDOS, AWID, CWGL, FIDH, LLDHI, OMCT et WHRD IC – se sont unis pour défendre le droit de participer à la CCF en mettant en évidence la situation des femmes en Iran afin d’empêcher d’autres pays d’intenter des procès à des femmes uniquement parce qu’elles ont fréquenté leurs consœurs du monde entier. Aucun pays ne devrait considérer comme un crime la participation à une session de la CCF en tant que représentante de la société civile. C’est en fait une NÉCESSITÉ pour faire la promotion des droits des femmes dans le monde entier. Nous devons nous serrer les coudes afin de défendre les progrès que notre sororité mondiale nous a permis de réaliser.

« Nous vous demandons, en votre qualité de représentantes des pays membres de l’ONU, de nous aider à défendre le droit de toutes les femmes de participer aux sessions de la CCF et aux autres conférences internationales sans craindre de se faire intenter des procès dans leur pays. Nous vous incitons à prendre à cette fin tous les moyens possibles, y compris l’intégration de votre appui dans les conclusions concertées de la 56e session de la CCF. Nous espérons que, grâce à votre appui, nous pourrons accueillir des militantes iraniennes pour les droits des femmes à la session de 2013 de la CCF et leur permettre de profiter de tous les moments de leur séjour sans craindre que leur participation à une réunion de la CCF n’ait des conséquences négatives. Nous vous remercions sincèrement toutes de votre attention et de votre appui. »

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